jeudi 25 septembre 2008

La Fontaine : Le Loup et l'Agneau

La raison du plus fort est toujours la meilleure :
Nous l'allons montrer tout à l'heure.
Un Agneau se désaltérait
Dans le courant d'une onde pure.
Un Loup survient à jeun qui cherchait aventure,
Et que la faim en ces lieux attirait.
Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage ?
Dit cet animal plein de rage :
Tu seras châtié de ta témérité.
- Sire, répond l'Agneau, que votre Majesté
Ne se mette pas en colère ;
Mais plutôt qu'elle considère
Que je me vas désaltérant
Dans le courant,Plus de vingt pas au-dessous d'Elle,
Et que par conséquent, en aucune façon,
Je ne puis troubler sa boisson.
- Tu la troubles, reprit cette bête cruelle,
Et je sais que de moi tu médis l'an passé.
- Comment l'aurais-je fait si je n'étais pas né ?
Reprit l'Agneau, je tette encor ma mère.
- Si ce n'est toi, c'est donc ton frère.-
Je n'en ai point.
- C'est donc quelqu'un des tiens :
Car vous ne m'épargnez guère,
Vous, vos bergers, et vos chiens.
On me l'a dit : il faut que je me venge.
Là-dessus, au fond des forêts
Le Loup l'emporte, et puis le mange,
Sans autre forme de procès.

La Fontaine

lundi 22 septembre 2008

A méditer : Jean-Chritophe Ruffin

Né le 28 juin 1952 à Bourges (Cher). Études aux lycées Janson-de-Sailly et Claude-Bernard à Paris, Faculté de médecine Pitié-Salpêtrière. Docteur honoris causa de l’université Laval (Québec) et de l’Université catholique de Louvain (Belgique). Docteur en médecine (spécialité en neurologie et psychiatrie), Diplômé de l’Institut d’études politiques (IEP) de Paris. Interne (1975-1981), chef de clinique et assistant des hôpitaux de Paris (1981-1983) puis attaché (1983-1985) des hôpitaux de Paris, chargé de mission auprès de Claude Malhuret (secrétaire d’État aux Droits de l’homme) (1986-1988), attaché culturel et de coopération près l’ambassade de France au Brésil (1989-1990), vice-président de Médecins sans frontières (MSF) (1991-1993), conseiller auprès de François Léotard (ministre d’État, ministre de la Défense) (1993-1995), médecin attaché à l’hôpital de Nanterre (1994-1995) puis praticien hospitalier à l’hôpital Saint Antoine à Paris (1995-1998), membre du Conseil d’analyse de la société (2004-2005), membre du conseil de surveillance du groupe Express-Expansion (depuis 2005), ambassadeur, haut représentant de la République au Sénégal (depuis 2007) ; administrateur de la Croix-Rouge française (1994-1996), de l’Institut Pasteur, du groupe France Télévisions et de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) (depuis 2005) ; directeur de recherche (1996-1999) à l’Institut des relations internationales et stratégiques (Iris) ; directeur médical puis président (2002-2007) d’Action internationale contre la faim (AICF) devenue (1999) Action contre la faim (ACF) ; maître de conférence à l’IEP de Paris (1991-2002), à l’université Paris XIII-Nord (1993-1995) et au Collège inter-armée de défense (Cid). Élu à l’Académie française, le 19 juin 2008, au fauteuil de Henri Troyat (28 e fauteuil).

Accord énergétique entre Ankara et Erevan

Longtemps ennemies, la Turquie et l'Arménie opèrent un rapprochement dans le domaine énergétique.
Un accord entre les deux pays prévoit que la partie turque passera d'abord quatre à cinq mois à remettre en état toutes les infrastructures nécessaires en Turquie. Dans les premiers temps, les quantités d'électricité à transférer ont été fixées à 1,5 milliard de kilowattheures par an, un chiffre qui devrait par la suite être progressivement porté à 3,5 milliards, à mesure que les capacités de transport progresseront. Pour l'Arménie, cela représente un tout nouveau marché. Elle dispose des capacités énergétiques nécessaires, et le récent accord permettra de valoriser au mieux ce potentiel.

A méditer : la Banqueroute, mais laquelle ?

Des centaines de milliards de dollars perdus, des dizaines de banques en perdition, banqueroute, la crise est-elle celle du capitalisme où celle d’un certain mode d’organisation de la civilisation humaine ? Question du débat entre Michel Serres et Michel Polacco.

Les plus grandes banque américaines sont en déroute, toute l’économie mondiale est bouleversée, et qui va payer ? Est-ce un système qui s’écroule ? (6'20")

jeudi 18 septembre 2008

Une théorie sur 9.11 à méditer

Loose Change

Quelques pistes de réflexions :

La loi du marché est elle toujours la meilleure ?
La science économique n'est-elle que l'étude des faits a posteriori ?
Les investissements risqués des marchés financiers et les arnaques pyramidales, même combat ?
Jusqu'à quel seuil les anticipations autoréalisatrices peuvent elles se produire avant de se retourner ?

Le dialogue entre Antigone et Créon

Créon se retrouve seul face à Antigone, venant de commettre son crime, ayant tenté à deux reprises d'ensevelir son frère Polynice. S'étant faite arrêter pour avoir été prise sur le fait, il tente de la sauver. Il lui propose de faire accuser un garde, un complot, de faire mourir quelqu'un d'autre à sa place, et il essaie de la "ramener à la raison". Mais elle reste sourde et impassible à ses arguments, elle "ne veut pas comprendre". Il s'emporte alors, et fait ressortir ses propres défauts et ses faiblesses.
Selon lui, il ne fait qu'accomplir son devoir, il n'a rien demandé..."Thèbes a droit maintenant à un prince sans histoire. Moi, je m'appelle seulement Créon, Dieu merci. J'ai mes deux pieds sur terre, mes deux mains enfoncées dans mes poches, et, puisque je suis roi, j'ai résolu, avec moins d'ambition que ton père, de m'employer tout simplement à rendre l'ordre de ce monde un peu moins absurde, si c'est possible." Il lui reproche également de choisir la facilité, de dire non... On pourrait penser, nous, lecteurs, que ce n'est pas facile de dire non, mais Créon, lui, pense le contraire. Il pense que ça n'est pas facile de dire oui... De savoir que parfois ces lois sont injustes, ou stupides, mais de devoir dire oui... Ou d'avoir un rôle et un impact trop important pour se permettre de dire non à la légère, de se rebeller, par principe...
Mais une fois de plus, Antigone repousse son argument. "Qu'est-ce que vous voulez que cela me fasse, à moi, votre politique, votre nécessité, vos pauvres histoires ? Moi, je peux encore dire "non" encore à tout ce que je n'aime pas et je suis seule juge." dit-elle, ou encore "Pauvre Créon ! Avec mes ongles cassés et pleins de terre et les bleus que tes gardes m'ont faits aux bras, avec ma peur qui me tord le ventre, moi je suis reine." Créon la traite alors d'"Orgueilleuse. Petite Oedipe"... Il aborde alors le sujet de sa famille. Il reproche à Œdipe tout son orgueil, qui a déteint sur Antigone... Et il dévoile la véritable personnalité d'Eteocle et de Polynice, deux voyous, ne valant pas mieux l'un que l'autre, n'aimant d'ailleurs même pas leurs sœurs, ni leur père, n'étant ni l'un un héros, ni l'autre un traître, mais tous deux des crapules, avides et cupides, s'étant bêtement entretués pour le pouvoir. Il avoue alors n'avoir aucune conviction que l'un est un héros ou l'autre un traître, c'est seulement pour le peuple... pour donner un bon et un mauvais exemple, le peuple a besoin d'un héros et d'un traître... Il avoue aussi qu'il ne sait même pas si le corps qui croupit là-dehors est bien celui de Polynice. Il reconnaît l'avoir pris tout à fait au hasard.
Devant l'absurdité de la religion, des rites, de tout cela, devant la stupidité de tant de conviction pour des choses que Créon lui prouve sans importance, Antigone est prête à céder... Mais Créon lui parle alors du bonheur qu'elle est si prête d'atteindre si elle refuse de mourir pour son frère. Un bonheur avec quelques concessions, mais un bonheur tout de même... Mais Antigone se rétracte aussitôt, par fierté et par principe. Elle témoigne alors de son rejet de cette société qu'elle n'a jamais accepté..."Vous me dégoûtez tous avec votre bonheur ! Avec votre vie qu'il faut aimer coûte que coûte... Moi, je veux tout, tout de suite, et que ce soit entier, ou alors je refuse! Je ne veux pas être modeste , moi, et de me contenter d'un petit morceau, si j'ai été bien sage." Créon est à court d'arguments et devant l'emportement grandissant de sa nièce qui menace d'ébruiter l'affaire, il cède... Antigone veut mourir, eh bien, elle mourra...
Malgré les supplications de son fils qui lui demande de gracier sa fiancée, la sentence est appliquée. Antigone se pend dans la grotte où Créon l'a fait emmurer vivante. Hémon perd alors l'admiration qu'il avait pour son père qu'il considérait comme un homme puissant et juste. Non préparé psychologiquement à tant de désillusions et rendu fou de chagrin par la disparition d'Antigone, il la rejoint dans la mort en se poignardant avec son épée. Eurydice, apprenant le décès de son fils, se suicide à son tour. Sa famille décimée, Créon, abandonné de tous, continue de gouverner les hommes en attendant sa propre mort comme une délivrance.